Parce que aimer est important

Des réponses à vos questions. 

 

 

 

 

 

 

Une folie, un défi, un cadeau de la Providence, une ouverture au bonheur. Un mariage tardif peut être qualifié de bien des manières, par ceux qui font le pas ou pour leur entourage… Qu’ils l’aient eux-mêmes expérimenté ou qu’ils aient accompagné des couples, les quatre intervenants de notre table ronde se proposent de nous éclairer sur le sujet.

Propos recueillis par Laurence de Louvencourt pour le magazine Il est vivant ! de mars 2009

 

IEV : Pourquoi, selon vous, les mariages ont-ils tendance aujourd’hui à être de plus en plus tardifs ?

Élisabeth Content : Jusqu’à 30-35 ans, les jeunes débordent d’amis, ils voyagent, ils sortent beaucoup et ont souvent un travail qui les passionne. En regard, la vie de couple peut leur paraître fade et contraignante. La “liberté” dont ils jouissent peut les dissuader d’entrer dans une vie en apparence moins trépidante. Par ailleurs, beaucoup ont vécu des échecs familiaux. Ils redoutent de s’engager pour la vie.

Je dirais aussi que certains semblent manquer de maturité. Ils quittent tardivement leurs parents et même une fois partis, ils rapportent leur paquet de chemises le week-end à leur mère…

Luc Ravel : Peut-être, mais il faut reconnaître que les cadres traditionnels (familiaux et autres) ne sont plus aussi porteurs qu’avant. Tous les possibles semblent ouverts devant eux. Les solos sont constamment renvoyés à des discernements déroutants.

Cette situation comporte cependant une dimension positive, car il ouvre la personne à une plus grande autonomie.

Jean-Louis Cabaret : Ce « tout est possible » fait que beaucoup ne parviennent pas à choisir. Et d’ailleurs, qu’est-ce qui pourrait les pousser à le faire ?

EC : Je me souviens d’une jeune femme qui, quinze jours avant son mariage avec un garçon qu’elle fréquentait depuis six ans, était prise d’une peur panique à l’idée qu’elle « n’avait plus le choix »…

 

À vous entendre, la tentation de se complaire dans cet état d’indécision ne serait jamais très loin ?

LR : En effet. Des garçons me disent en toute bonne foi : « On aspire à se marier mais actuellement, on ne vit pas si mal que cela. » Ils peuvent avoir objectivement une vie très équilibrée au plan professionnel, sportif, amical, caritatif et même, une certaine fécondité. Les femmes le vivent souvent différemment.

JLC : Chez elles, l’horloge biologique est importante. Lorsqu’elles n’ont pas eu d’enfants, il est normal que l’approche de la quarantaine soit difficile à vivre.

 

Le pas du mariage ne s’avère-t-il pas plus difficile lorsqu’on est plus âgé ?

LR : Chaque histoire est unique mais on sent chez certains une angoisse existentielle qui grandit le jour J approchant… Peur de n’être pas à la hauteur. Peur de l’autre. Peur de se tromper, etc. Chez les plus jeunes, en général, l’angoisse est plus fugitive. Les renvoyer à leur désir profond suffit la plupart du temps à les aider à reprendre le chemin. Pour ceux qui s’approchent de l’engagement plus tardivement, cette angoisse semble plus difficile à maîtriser. Y compris pour le prêtre accompagnateur…

Dominique Cabaret : Cela s’explique : quand on se marie tard, on connaît mieux ses fragilités, celles de l’autre et on est plus conscient des difficultés de la vie.

JLC : À l’inverse, quand on est jeune, on pense que tout est ouvert, qu’on peut se lancer et que l’on saura surmonter tous les obstacles. Plus tard, on devient plus réaliste.

LR : Oui, mais ce réalisme est assez paradoxal car les célibataires en question ne connaissent pas la vie de couple. Parmi ceux que j’ai préparés au mariage, j’ai souvent constaté un excès de réalisme : ils se faisaient une vraie montagne du mariage. Neuf d’entre eux sur dix m’ont dit par la suite : « C’est beaucoup plus simple que ce que je pensais ! »

EC : A contrario, je constate que ces grands adultes ne sont pas toujours ancrés dans le réel. Beaucoup vivent dans leur tête. Ils imaginent le mariage, l’enjolivent, le voient souvent comme la clé du bonheur. Un certain nombre d’entre eux n’ont pas fait un travail suffisant sur eux-mêmes et cela peut provoquer d’importants dégâts par la suite.

LR : Certes, mais pour se connaître soi-même, un vis-à-vis est indispensable. Or, comment avoir une réelle connaissance de soi sans une telle “confrontation” au quotidien ? Dans les temps forts à destination des célibataires que nous organisons, je veille toujours à intégrer des activités concrètes (sports, etc.) qui les aident à se confronter à ce qu’ils sont et non à ce qu’ils imaginent qu’ils sont.

 

Pour les solos, comme vivre cette période qui peut sembler très très longue ?

EC : Le danger, pour certains, est de s’arrêter de vivre : « Quand je serai marié(e), je pourrai faire ceci, cela, etc. » C’est un écueil à éviter.

DC : Il est vrai que pour être heureux dans le mariage, mieux vaut s’ouvrir au bonheur dès maintenant. Bien des célibataires supportent mal leur solitude mais gardent une bonne dose d’humour : c’est un signe d’ouverture au bonheur.

Mais le mariage étant la vocation naturelle de l’être humain, quand on n’est pas marié, et si aucune autre vocation particulière ne se dessine, on souffre d’une sorte de non-accomplissement. Ce qui n’empêche pas de nombreuses personnes seules d’être très données à leur entourage et de porter beaucoup de fruit.

LR : En ce sens, j’aime la notion de célibat d’attente. Tout l’art, c’est d’essayer de combiner une vie qui soit source de bonheur, avec une attente réelle. « Vivez, soyez heureux, mais pas satisfaits au point que vous n’attendiez plus rien. » Encore faut-il que cette attente soit joyeuse, confiante et non, angoissée.

DC : Il s’agit de cultiver une disponibilité de cœur aux événements, aux personnes.

 

Quand on se marie tard, la préparation peut-elle être plus courte ?

JLC : Se préparer reste très important, même lorsqu’on a cinquante ans !

EC : Il y a d’ailleurs un grand manque sur ce registre actuellement dans l’Église : une préparation spécifique pour ces couples formés plus tardivement serait à inventer.

 

Quel sens donner à un mariage tardif alors même que la fécondité physique n’est pas toujours au rendez-vous ?

LR : Sur cette question, je me réfère à la parole de l’Église. Or, elle n’a jamais donné de limite d’âge. On peut même se marier sur son lit de mort ! Cela signifie que même si la fécondité physique naturelle est l’une des finalités du mariage, elle n’est ni l’unique, ni la première. Paul VI et Jean Paul II nous l’ont bien redit. Ce qui est premier, c’est l’amour de conjugalité d’un homme et d’une femme, icône de La Trinité par l’Esprit-Saint qui circule entre eux. Certains couples tardifs déploient un amour merveilleux. Comme cet homme de plus de 50 ans qui me disait : « Mais pourquoi est-ce que je ne l’ai pas rencontrée avant ? C’est la femme de ma vie ! » Un couple tardif peut avoir un rayonnement authentique.

EC : Je ne comprends pas que l’on puisse se poser cette question. À tout âge, le mariage a un sens. Et la fécondité du couple peut s’exprimer dans beaucoup d’autres domaines que sur le plan biologique. Il n’y a pas d’âge pour se marier, pour être heureux, pour essayer de vivre un amour authentique.

 

Quels défis singuliers se présentent aux couples formés plus tardivement ?

EC : On ne peut passer sous silence qu’il n’est pas toujours évident d’unir deux êtres qui ont déjà tout un passé. La vie commune est parfois plus compliquée à mettre en place.

LR : Il y a en effet tout un passé de vie solitaire à assumer. Mais après 40 ans, les années passent plus vite. Certains problèmes s’abordent du coup différemment.

DC : On entend toujours dire que l’on arrive dans un tel mariage avec des habitudes bien ancrées, pas toutes bonnes. C’est oublier que l’on a également à son actif tout un panier de richesses, bien rempli. Ce qui donne, chez certains couples tardifs, plus de compréhension, plus d’acceptation de l’autre.

JLC : À un âge plus avancé, on sait qu’on ne se changera pas donc, on est obligé de se prendre comme on est. Quand on est jeune, on a l’impression qu’on va changer l’autre. Il va prendre une autre voie grâce à nous. Mais on comprend que l’important n’est pas tant de changer l’autre que de se soutenir l’un l’autre dans l’amour.

DC : On est aussi plus fragile, plus vulnérable, ce qui rend plus compatissant pour l’autre. On a déjà été décapé par la vie. On s’énerve peut-être plus mais on juge moins l’autre.

JLC : Avant mon premier mariage, nous avions suivi une retraite de préparation au cours de laquelle un jésuite avait dit : « Le mariage, c’est un pauvre qui vient en aide à un autre pauvre. » À 23 ans, cela m’était complètement passé au-dessus de la tête. Je ne me sentais pas pauvre du tout ! Les années passant, les épreuves survenant, quand je me suis marié avec Dominique, cette phrase avait pris tout son sens. Conscient de ses limites et de celles de l’autre, on a alors envie de s’aimer mutuellement tel que l’on est.

DC : La passion amoureuse est peut-être moins forte mais une très grande tendresse peut naître entre ces époux.

LR : Et aussi une amitié, une complicité d’une profondeur parfois extraordinaire.

EC : Les souffrances de la vie n’ont pas toujours cet effet positif. Quand on se marie tard, le cœur blessé peut aussi s’être fermé, enkysté.

LR : En d’autres termes, il ne suffit pas d’être vieux pour être sages, ou saints, vous avez raison.

De plus, certains couples tardifs considèrent qu’avoir un enfant est un dû. Ils passent de l’attente du conjoint à l’attente de l’enfant à tout prix. Or, qu’il y ait enfant ou pas, cela change la donne. S’ils n’ont pas d’enfant, les époux, très disponibles, peuvent mener deux vies célibataires parallèles. Il y aurait là aussi toute une pastorale à mettre en œuvre.

Pour ceux qui deviennent parents sur le tard, les enfants ne sont pas nécessairement un sujet d’entente. Comme si les idées d’éducation avaient encore plus de mal à cohabiter.

EC : On peut être aveuglé par un très fort désir d’enfant. Chez certains, ce désir passe même avant le lien conjugal, et ce n’est pas juste. Ce qui est premier, c’est le lien conjugal. Il faut le dire et le redire. Car si l’enfant survient alors que le couple n’est pas vraiment constitué, cela peut devenir difficile.

LR : La question de la vie professionnelle est également primordiale. Quand on se marie à un certain âge, on peut avoir des responsabilités très importantes avec des déplacements fréquents, des horaires impossibles, etc. Certains ne parviennent presque plus à se voir.

Alors, quelles fécondités possibles quand l’enfant ne vient pas ?

LR : Je connais certains couples qui s’investissent beaucoup ensemble auprès de neveux, de filleuls. Je trouve cela très remarquable. Il peut y avoir là une réelle fécondité du couple. De même auprès de leurs amis célibataires.

DC : Quoi qu’il en soit, une œuvre commune est primordiale. Si chacun fait du bien mais “dans son coin”, cela ne suffit pas.

JLC : C’est vrai. Il ne s’agit pas de tout faire ensemble, bien sûr, mais s’il n’y avait pas

d’engagements communs forts, on ne pourrait pas vraiment parler de vie de couple.

DC : Dans notre cas, il y a les enfants de Jean-Louis et maintenant, leurs enfants. Mais il nous faut aussi vivre quelque chose d’autre ensemble, qui donne son identité et sa fécondité propre à notre couple.

EC : Et parce qu’ils s’aiment, l’homme et la femme ont un rayonnement, bien au-delà du fait d’avoir ou non des enfants.

 

La quarantaine, cela correspond à la crise du milieu de vie… comment aborder, dans un mariage tardif, les différentes saisons de la vie ?

EC : La traversée de la crise du milieu de vie permet parfois un mariage tardif ! La question cruciale « quel sens est-ce que je donne à ma vie ? » revient avec force. Et l’on peut alors devenir capable de s’ouvrir à l’inattendu, à quelqu’un.

DC : Au début de notre mariage, je me souviens que je lisais avec inquiétude les articles évoquant les différents âges du couple qui annonçaient : « Au bout d’un an, telle crise, au bout de trois, telle autre, etc. » Comme la crise ne survenait toujours pas, j’étais encore plus inquiète pour la suite… J’ai mis un certain temps à comprendre que l’expérience aidant, on vit, quand on se marie plus tard, les choses assez différemment.

JLC : Et même, les étapes sont autres.

LR : Parmi les couples que j’ai mariés, je constate que beaucoup sont parvenus assez vite à une légitime distance, évitant, avec le recul d’une longue vie solitaire, l’écueil de la fusion. Il n’y a donc pas que des désavantages à se marier tard : des caps sont franchis d’emblée.

JLC : Même si se marier n’est pas un but en soi, un état à vivre absolument, on peut dire que se marier tard comporte de nombreux bienfaits. Cependant, soyons conscients que tout n’est pas facile. Certains sont là pour aider, accompagner le couple.

DC : Se marier tard, ça vaut la peine !

 

Qui sont-ils ?

Luc Ravel : prêtre, chanoine régulier de Saint-Augustin. Depuis une douzaine d’années, il anime des groupes de personnes célibataires.

Jean-Louis Cabaret (veuf, père de trois filles), a épousé Dominique de Monléon (jusqu’alors célibataire).

Dominique est l’auteur de Dieu ne m’a pas oublié, perspectives pour les célibataires (éditions Saint-Paul).

Élisabeth Content : conseillère conjugale et familiale, thérapeute pour couples, au cabinet Mots Croisés.

 

Article également disponible sur www.ilestvivant.com

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